Annaëlle Chimoni

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Le Livre d'Annaëlle

Aux éditions
du ROCHER

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Préambule d'Annaëlle Chimoni (extrait) :

  « J'ai huit ans. Mon corps est celui d'une enfant, quoique tordu. Je suis handicapée. En revanche, je pense comme une adulte. Mon corps est réduit à sa plus simple expression, à tel point que je suis une âme sans enveloppe réelle pour la protéger. Souvent, je la sens s'éloigner de moi doucement, subrepticement, j'ai du mal à la retenir. Quant à lui, il est lourd et précaire. Je voudrais de temps à autre qu il rejoigne sa terre et me libère de tout poids. Mais pour l'heure, j'ai beaucoup de choses à dire, beaucoup de choses je l'espère à décrocher du ciel.

  Depuis que je m'exprime, l'autre monde, celui des adultes, celui des enfantillages, a été surpris de voir que l'esprit qui m'habite est né accompli et ce dans un but précis, car mon existence est destinée à être courte [neuf ans]. Certes, mon corps est touché par une grave maladie neurologique et la médecine, aveugle dans ces mystères, peut conclure que mon cerveau ne fonctionne pas normalement. Je pense, j'écoute sans entendre, je parle sans ouvrir la bouche, je guide la main de mes interlocuteurs sur un clavier et il faut que je me batte contre l'ange incrédulité.

  Je suis une enfant croyante. Je suis juive. Si je suis comme nous tous envoyée de Dieu, je ne suis pas un prophète ou un être venu de l'au-delà. Le fait d'être handicapée me délivre des entraves du corps et permet à mon esprit plus libre d'embrasser un champ plus vaste.
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  « Ce qui m’a touché et bouleversé, d’abord et surtout, c’est ma rencontre avec elle. D’entrée de jeu, je fus nécessairement perplexe face à cet enfant de sept ans qui semblait avoir toute la connaissance. Cette petite fille parlait toutes les langues. C’était incroyable, au vrai sens du terme. Heureusement, des gens m’ont accompagné et peuvent témoigner.

 Face à l’irrationnel, on est nécessairement dubitatif. Dans un premier temps, oui, je fus perplexe, mais très vite mes interrogations furent balayées. Après des discussions avec quelques éminences – notamment Joseph Sitruk, le Grand Rabbin de France – il fallait se rendre à l’évidence : il y avait quelque chose qui nous dépassait tous, elle était en relation directe avec Dieu.

 Mon contact avec elle et les quelques deux ans que j’ai passés à la rencontrer ont été très enrichissantes, chargées d’émotions. Cette rencontre a été très personnelle, très intime, et qui a beaucoup compté, à un moment donné, dans ma vie. Nous avons eu un échange profond, puissant.

 Je peux dire que c’est quelqu’un qui pouvait beaucoup apporter aux autres, à travers son livre aussi.

 Elle est partie la veille de mon anniversaire, le 13 mai 2000, au moment où je chantais sur scène « Élie », une chanson que j’avais écrite puis que je lui avais fait écouter. C’est elle qui m’avait indiqué la prière que j’ai intégrée dans la chanson.

 Elle m’a demandé d’ouvrir le livre des psaumes, j’ai ouvert au hasard celui qui était posé sur son étagère et je suis tombé sur le psaume des anges, celui qui, comme dans la chanson, parle de la transmission de la vie. »

Patrick Bruel(Entretien avec David Reinharc en juin 2008)