Extrait du livre d'Anne Givaudan
La rupture de contrat


  Carole a avalé des somnifères mais prend peur lorsqu'elle se voit inanimée sur le sol.

 - J’ai peur, j’ai très peur, papa, maman, sauvez-moi ! »

 Seul le silence lui répondit. Dans la grande maison endormie, personne ne semblait l’entendre quand soudain elle perçut un bruit qui ressemblait à des pas venant de la cuisine. Carole reprit espoir tandis qu’elle surveillait anxieusement celui ou celle qui arrivait enfin.
 Qu’elle ne fut pas sa surprise de voir Lou, son gros labrador noir qui accourait à sa rencontre.
 Carole resta bouche bée.
 Il était là, il la voyait. Avec ses grands yeux plein de bonté, il la regardait même d’une étrange façon, il la fixait, comme s’il voulait comprendre et tout à coup, il grimpa les escaliers et se mit à gratter avec force à la porte de la chambre des parents de Carole.
 Ce gros chien aux yeux tendres était son seul espoir.

 - Qu’est-ce qui t’arrive, Lou, ça n’est pas une heure pour venir nous réveiller, grogna le père de Carole, tiré brutalement de son sommeil. Mais devant l’attitude insistante de son chien, il passa une robe de chambre et ouvrit la porte.
 Lou, sans une hésitation se dirigea vers la porte de la chambre de Carole, suivi du père qui comprit enfin.
  ...
 Le temps passe sur terre et Carole est désormais dans un monde brumeux et sombre, le monde de ses remords, de ses doutes, de ses peurs. Elle reste là recroquevillée en attente d’un « je ne sais quoi » qui puisse la sauver de cet univers sans lumière.
 « Je ne peux même pas mettre fin à ce nouvel état, je pense encore, je vis et je ne peux pas mettre fin à cette souffrance qui m’habite. Que vais-je devenir ? »
 La tristesse règne maintenant dans la maison, personne ne la voit et la peine de tous ceux qui l’aiment l’atteint au cœur de son âme (description de la dérive de chaque membre de la famille).
 « Qu’ai-je fait ? reste la question qui l’obsède.
 Dans la spirale sombre dans laquelle elle tourne sans fin, aux prises avec ses ombres, Carole sent un jour, ou peut-être une nuit, une main qui la saisit et la tire vigoureusement vers ce qu’elle ressent comme étant le haut de son monde. Carole n’oppose aucune résistance, tout est préférable à cette « prison mentale » dans laquelle elle s’est désormais enfermée.
 Dans ce qui subsiste d’elle, elle ressent un peu de lumière, un peu de chaleur. Tandis qu’elle s’en étonne, ses yeux commencent à percevoir la silhouette de celui ou de celle qui l’emporte ainsi. Tous deux s’arrêtent enfin, tandis que l’étreinte se desserre. Carole pousse une exclamation joyeuse :
 - Grand-père, c’est toi, mais qu’est ce que tu fais ici ?
 Le grand-père sourit tandis que Carole perçoit bientôt sa grand-mère et Tom. Elle explose de joie tandis que son grand-père lui répond :
 « Nous t’avons cherchée et j’ai eu beaucoup de difficultés à te retrouver parmi les méandres de ton âme. Tu t’étais enfermée dans les brumes opaques et pernicieuses de tes émotions et il m’a fallu du temps avant de réussir à traverser les couches de ton univers. »
 [...] « Dans ta vie prochaine,
lui dit sa grand-mère, tu aideras ceux dont le chemin s’est modifié par ton acte et tu auras encore une fois la tentation de te donner la mort avec toutes les possibilités de passer à travers l’épreuve. Cette fois, tu devras réussir… »
 - Cette fois, je réussirai ! répète Carole, je veux m’incarner rapidement et faire ce que j’ai à faire au mieux.
 La jeune fille, déterminée, me regarde avec ce regard lumineux que je rencontre chez ceux qui ont compris ce que la Vie attend d’eux et surtout ce qu’ils attendent d’eux-mêmes.
 À ce moment précis, en bas, sur terre, dans un quartier pauvre de Rio, une femme vient d’apprendre qu’elle est encore enceinte. C’est la quatrième fois en quatre ans et la nouvelle ne la réjouit pas.
 « Pourvu qu’au moins ce soit un garçon cette fois, se dit-elle.
 Carole me regarde et ses derniers mots sont remplis de tendresse :
 - Ce sera ma mère et je serai sa quatrième fille et pas la dernière. Je sais que ma vie ne sera pas facile, j’en ai vu quelques pans. Et pourtant cette fois j’accepte intégralement tout ce que j’attirerai à moi. Je veux faire de mon mieux avec les nouvelles cartes que je me suis données.