Image flottante
n se rendant de bon matin chez le notaire, Amélie s'arrête au boulange. Après elle, l'aubergiste remplit son panier de boulencs et de brioches. À peine éloignée de quelques pas, son pain sous le bras, elle l'entend marmonner :

 - Qu'a pu faire cette fille au bon Dieu pour mériter cela ?

 Clouée un instant par la remarque, la jeune fille reprend sa respiration et son chemin.



  Devant l'église, elle aperçoit celui qui s'est opposé à l’homme-lion. Ses vêtements sont élimés, mais entretenus. L'homme avance, sa besace à l'épaule, un peu vouté, sans regarder personne. Prenant son courage à deux mains, la jeune fille rebrousse chemin et l'aborde.

 - Pardon monsieur, je voulais vous remercier pour m'avoir défendue l'autre jour.

 L'homme continue à marcher sans répondre. De près, malgré sa barbe mal taillée, il ne semble pas si vieux.

 « Je suis désolé, reprend-elle. Je me suis sauvée en vous laissant vous débrouiller avec ce malotru. J'étais si...

 L'homme s'arrête et tourne son visage vers elle. Son regard d'une grande limpidité la traverse. Le souvenir de l'intervention lui revient ; il hoche la tête.

 - Mademoiselle, je n'ai obéi qu'à un devoir élémentaire. Me remercier serait m'offenser.

 Comme il a repris son chemin, après une brève hésitation, Amélie lui emboite le pas en dissimulant de son mieux sa claudication.

 L'homme s'arrête de nouveau, puis, sans se retourner, lui dit :

 - Nous avons tous notre croix, pourquoi refuser la vôtre ?

 Saisie par la réflexion, Amélie ne peut que le laisser s'éloigner.


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