Tiphil  
et Grobert



 - Tu crois en Dieu, toi ? demande Tiphil à son grand-père lors de la messe.

 - Oui ! Et toi ?

 L'enfant fait couci-couça de la main.


Le lendemain, le grand-père revient vers Tiphil.

 - Pourquoi ne crois-tu pas en Dieu ?
 - Parce que quand je lui demande quelque chose, il fait tout le contraire.

 Le grand-père a un sourire.
 - Il ne te rendrait pas forcément service ; les épreuves sont là pour te renforcer.

 « Les gens croient qu'on est là pour s'amuser, prendre du plaisir ; mais ils se trompent ! On est là pour évoluer.
 - C'est quoi évoluer ?
 - Devenir plus gentil...
 - Ben, à la récréation, Grobert, il a écrasé la sauterelle que j'avais trouvée et que je commençais à apprivoiser.
 « En plus, il me bouscule tout le temps et il fait que se moquer de moi devant les autres. Il est méchant !



 Au bord des larmes, Tiphil ajoute :

 « Maintenant tout le monde m'embête... je n'arrive pas à leur dire d'arrêter... ils...

 - Tu ne peux pas agir sur eux. C'est à toi de devenir fort.

 « Écoute, ces enfants ne sont pas méchants. C'est juste que leur conscience est encore en bouton ; comme une fleur.

 - C'est quoi la conscience ?



 - Comment dire ? C'est elle qui nous encourage quand on fait quelque chose de bien et nous dissuade de faire du mal.

 - Et tout le monde a ça ? demande Tiphil qui songe à Grobert.

 - Les humains en tout cas. Mais au départ, notre conscience, elle est en sommeil, comme une graine de plante. Alors il faut l'aider à se développer, petit à petit. Sinon, c'est comme si on n'en avait pas.
 « Et ça c'est grave, parce qu'on peut faire le mal s'en s'en rendre compte.

 - Eh ben, Grobert...



 - Grobert a une conscience, n'en doute pas. Mais tout le monde n'en est pas au même stade d'éveil, c'est juste ça.

 Le grand-père jette un coup d'œil à Tiphil craignant l'avoir perdu.

 Mais non, il n'a sans doute pas tout assimilé, mais il est attentif.
Alors il se lève, satisfait. Son petit-fils sera plus fort lorsque les autres l'embêteront.



 « Car l'important est de comprendre, songe le vieil homme en s'éloignant dans l'allée. Quand on comprend, il ne reste plus que la souffrance physique.

 « Et elle,
fait-il en se massant la hanche, on peut toujours la supporter.