Lettre (lue) à un ado

 Je vais m’adresser à ton esprit, non à ton ego. Ton ego, c’est la partie visible de toi-même, la personnalité qui s’interpose entre ton âme et le monde terrestre, qui la protège en quelque sorte. Grâce à lui, elle peut venir sur terre s’y forger, mettre à l'épreuve ce qu'elle pense être.

 Je m’adresse donc à ton esprit. Ton ego est là, à écouter aussi ; ironiquement, car pour lui, cet autre toi-même est négligeable. Le maître, c'est lui. Avec ses muscles, son intelligence, sa volonté, son assurance ; qu'il voit s’affirmer un peu plus chaque jour.

 Pourtant il se trompe et t'entraine dans son erreur : c'est ton esprit qui doit commander à ton ego, et non l'inverse. Tu le réaliseras à ta mort. Cela arrivera. Mais je voulais que tu en prennes conscience avant, pour t'éviter d'amers remords et que ta vie soit pleinement utilisée.

 Je m’adresse à ton esprit. Il m’écoute timidement. Ton ego, lui, s’énerve. Comme il ne peut t’empêcher d’écouter, il a envie d’interrompre l’entretien. Retiens-le encore un peu.
 Récemment il a fait de la peine à maman.

  – Quoi ?!  Quand ça ?

 Hier. Rappelle-toi comme tu lui as répondu. Tu ne t’en es même pas rendu compte. Forcément, tu le laisses réagir à ta place. Réagir, entends ce mot. Tu ne dois jamais réagir, tu dois agir. Chacun de tes actes doit être pensé, c'est-à-dire contrôlé par toi.

 Puisses-tu désormais ordonner ta vie selon ces quelques mots.

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Les réactions de mon fils :

Il a commencé par rire, puis m'a fait relire 2 fois le premier paragraphe.

 – Mais papa, les gens ne raisonnent pas comme ça ! finit-il par dire. Ils sont persuadés qu'ils n'ont qu'une vie, et qu'il faut en profiter !

 - C'est l'ego qui dit ça, et il a raison ! lui, il restera là.

 - C'est normal qu'on s'occupe de soi, faire les muscles et tout; tu faisais pareil, toi !

 - L'âme a besoin d'être protégée, au début. Parce qu'elle n'est pas de ce monde. Elle est comme le poussin, elle a besoin de sa coquille, le temps de devenir forte. Mais elle doit éclore ! et si sa coquille s'épaissit trop, c'est le piège, l'âme se replie sur elle-même.